Gated communities: la cohésion sociale menacée?

Publié le par Urbaddict

Depuis une dizaine d'années, les gated communities (résidences urbaines fermées américaines) ont pris place dans le paysage urbain. Ces résidences clôturées et gardiennées se retrouvent sur tous les continents.

Ilôts de tranquilité et de sécurité ou traduction d'une évolution vers davantage de ségrégation sociale et spatiale, ce phénomène alimente le débat public.

 

L'origine de ce mode de vie est à rechercher dans les "villas" parisiennes, espaces séparés par une grille du reste de la ville, avec des rues et des cours privatisées, ou dans les "squares" enclos londoniens.

Mais c'est aux Etats-Unis que le terme de gated communities est apparu, forgé par des promoteurs soucieux d'apporter sécurité en favorisant un repli sur soi communautaire.

 

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Ces nouveaux types de résidences se banalisent. Ce ne sont plus seulement les riches qui cherchent à s'isoler mais aussi les classes moyennes.

Le plus souvent ces résidences se situent à la périphérie des villes mais il en existe dans les centres villes. Certains parlent d'enclaves emmurées, de résidences fortifiées, de villages grillagés, de villes blindées... Si ces termes apparaissent exagérés, il est indéniable que ces ensembles urbains ont un accès contrôlé. La fermeture est plus ou moins claire: haies, barrières, grillages, vigiles.

 

 

 

La Californie a été l'un des laboratoires de ces produits. Depuis plus d'un siècle, des morceaux de villes organisés en copropriété associée à une offre de services ont été institués. Ils peuvent rassembler des dizaines de milliers de résidents. Les assemblées de copropriétaires y disposent d'un pouvoir important sur leur domaine. Les habitants doivent signer et respecter des codes de bonne conduite.

On trouve dans le monde entier des quartiers fermés et sécurisés. Ils sont le plus impressionnants dans les pays en développement comme par exemple en Afrique du Sud, en Argentine et en Chine.

La motivation première des habitants est la recherche de protection: se défendre de l'insécurité, de la circulation automobile, de la pollution. Ils peuvent aussi (surtout aux Etats-Unis) chercher à se séparer politiquement et fiscalement en constituant des collectivités territoriales de plein exercice.

 

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Si en France le phénomène tend à se banaliser, il n'atteint toutefois pas les proportions américaines.

Il prolifère notamment dans le Sud où le marché immobilier est alimenté entre autres par l'arrivée des retraités. Il s'agit d'un produit de la promotion immobilière qui repose sur la mise en valeur du calme, de l'environnement et de la communauté.

 

En France, les programmes dépassent rarement plusieurs dizaines d'habitations et sont très dépendants de l'aire urbaine. Si aux Etats-Unis les gated communities gèrent déchets, énergie, voirie, peuplement, police et équipements, il n'existe pas dans notre pays de villes privées.

 

Cependant ces résidences contribuent au mitage de l'espace et à l'étalement urbain, ce qui est en pleine contradiction avec les objectifs généraux de développement durable. Ces quartiers incarnent un morcellement de la ville par coupure physique et par sélection des habitants. La cohésion sociale s'en trouve menacée.

Ce sont les règles d'urbanisme et les politiques locales qui peuvent entraîner la construction de ces "frontières", notamment entre quartiers pavillonaires et quartiers de logements sociaux. La crainte de l'insécurité est un puissant moteur de développement des ces sites.

 

L'extension de ces résidences s'inscrit dans un mouvement de ségrégation qui progresse insidieusement.

Ces communautés sont un thème d'interrogations, d'innovations, et d'investigations pour les élus, les bâtisseurs et les urbanistes.

 

Pour aller plus loin:

 

- Ghettos de riches. Tour du monde des enclaves résidentielles sécurisées, Thierry Paquot (dir.), éd. Perrin, 2009.

- La vie périurbaine face à la menace des gated communities, Eric Charmes, éd. L'Harmattan, 2005.

Publié dans Urbanisme

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urbaddict 09/09/2011 11:36



Effectivement, c'est un exemple dont on pourrait discuter, car même si la volonté de créer une vraie communauté est politiquement affichée, il y a très peu (pour ne pas dire pas du tout) de
mixité sociale dans cette ville crée de toutes pièces.



jousselin 06/01/2011 12:08


Celebration, la ville de Disney est un bel exemple de ville privée :
http://www.mheu.org/fr/utopies-urbaines/celebration-disney.aspx